Réflexions spirituelles

Pourquoi tant de personnes quittent-elles l’Église ?

Quelque chose de primordial semble manquer

Par Errol Webster – 14 février 2020 | Adventist Record

Il s’appelait Mark, un jeune Autrichien d’une vingtaine d’années. Je l’ai rencontré alors que je partais du temple Hare Krishna à New Delhi, en Inde. J’avais parcouru l’Inde pour découvrir ce qui attire la jeunesse occidentale vers le mysticisme oriental. Je suis monté dans un bus pour retourner au centre-ville,  et Mark qui avait également été au temple, est monté à bord et s’est assis à côté de moi. Il a mis un collier de perles de prière bouddhistes dans sa main gauche, tandis qu’il feuilletait des cartes flash avec des dictons hindous, de sa main droite.

Au cours de notre conversation, il m’a demandé quel était mon métier. « Je suis un pasteur chrétien », lui ai-je répondu. Ses yeux se sont illuminés et sa voix s’est éclairée, quand il a dit : « J’ai lu la Bible et j’ai aimé Jésus. » J’étais pour le moins intrigué. « Comment se fait-il que vous soyez dans la méditation orientale ? » ai-je demandé. « Est-ce compatible avec les enseignements de Jésus ? » Sa réponse m’a déconcerté. Il a répondu : « J’ai commencé à aller à l’église et j’ai perdu Jésus. »

Il avait perdu Jésus à l’église ! Comment est-ce possible ? Si Mark était allé dans une église adventiste, son nouvel amour pour Jésus aurait-il été nourri ou serait-il devenu une statistique de plus de 42 % de ceux qui ont quitté l’église adventiste au cours des 50 dernières années ou plus ?

Jeff Parker, directeur de la jeunesse adventiste en Australie, a révélé lors du Youth & Young Adult Engagement Summit (25-27 mai 2018), qu’ « environ 62 % des jeunes qui fréquentent une église en Australie l’abandonnent avant d’avoir atteint l’âge de 30 ans »(1).

Monte Sahlin, chercheur à l’Église adventiste, a déclaré que les résultats de l’enquête montrent que la cause des membres qui quittent l’Église adventiste est moins liée aux désaccords doctrinaux « qu’aux problèmes personnels auxquels ils sont confrontés ».(2) Le statisticien David Trim a également expliqué que « la sécularisation rampante » de notre société en est un facteur.(3)

Y a-t-il quelque chose qui manque ?

Mais cela soulève la question : Si la connaissance de nos doctrines ne permet pas aux membres de soutenir ceux qui sont touchés par des crises personnelles ou de les fortifier contre la sécularisation, y a-t-il quelque chose qui manque à notre enseignement ?

Le pasteur américain Lee Venden, lors des programmes de réveil organisés pour les adventistes en Amérique du Nord, a trouvé au sujet des membres qui fréquentent l’église :

  • Moins de 25 % consacrent leur temps personnel dans l’étude biblique et à la prière quotidiennes.
  • La majorité n’a pas l’assurance du salut et admet ouvertement qu’ils n’ont pas de relation quotidienne avec le Christ.
  • Alors que ceux qui se joignent à l’Église considèrent nos doctrines comme bibliques, ils ne voient pas Jésus comme le centre de chacune d’elles. Trop de personnes viennent à l’église mais ne viennent pas à Jésus.(4)

De nombreux membres, de toute évidence, luttent spirituellement. Nous leur avons enseigné nos doctrines, mais nous ne leur avons pas présenté Jésus.

Une étude sur la génération d’adventistes (nés entre 1980 et 2000) qui fréquentent encore l’église a révélé qu’ils ont une vision plus négative de l’Église adventiste que les adventistes américains des générations précédentes en général n’en ont à propos de leurs églises(5). Cela étant, nous pouvons voir pourquoi le Colloque sur la préservation de la culture a recommandé « que le parallèle entre les relations amoureuses et les relations avec Christ au sein de l’église locale soit une nécessité à établir de manière urgente ».(6) (souligner ce fait sur l’ensemble des points, sauf indication contraire).

Une autre enquête menée auprès des 18 à 35 ans restés dans l’Église a révélé que moins d’un sur quatre s’engagent quotidiennement dans l’étude de la Bible, et que près des trois quarts (73,5 %) n’avaient aucune certitude de leur salut(7). Si c’est le cas d’une majorité de jeunes adultes qui restent dans l’Église, que pourrait-on dire de ceux qui l’ont quittée ?

Une société sécularisée

Ce que le Dr Trim a déclaré à propos de la « sécularisation rampante » de notre société et de ses effets, particulièrement par l’intermédiaire des médias de divertissement, est vrai. Aujourd’hui, en Occident, nous vivons dans une société post-chrétienne, caractérisée par un manque de sens et d’objectif. La vérité est relative. En décidant de ce qui est bien ou mal, l’individu devient sa propre autorité subjective. Les gens sont à l’aise avec des contradictions ; professer ma foi et l’exercer ne sont pas sur le même pied d’égalité.

Le rapport 2018 Gen Z de l’organisation de recherche Barna Group est d’accord : « Le relativisme moral s’enracine plus profondément en Amérique. Un quart des membres de la Génération Z [nés entre 1999 et 2015] sont tout à fait d’accord pour dire que ce qui est moralement juste ou faux change avec le temps en fonction de la société… chaque individu est son propre arbitre moral. Seuls 34 % des membres de la Génération Z sont d’accord pour dire que « mentir est moralement mal »(8).

À titre d’exemple, « post-vérité » a été baptisé le mot international de l’année 2016 par Oxford Dictionaries, après le référendum controversé sur le « Brexit » et l’élection présidentielle américaine qui a semé la discorde. Il dénote un appel à l’émotion et aux croyances personnelles pour façonner l’opinion publique, plus qu’à des faits objectifs. Le préfixe « post » signifie généralement « après », comme dans « post-guerre ». Dans la post-vérité, il signifie que la vérité « est devenue sans importance ou sans pertinence ». Le président des Oxford Dictionaries, Casper Grathwohl, estime que la post-vérité pourrait devenir « l’un des mots déterminants de notre époque »(9).

C’est l’ère des « fausses nouvelles » [fake news], des « faits alternatifs », des « récits contradictoires » et où « la vérité n’est pas la vérité ».

La fausse nouvelle, définie comme « une information fausse, souvent sensationnelle, diffusée sous le couvert d’un reportage », a été nommée mot de l’année du dictionnaire Collins en 2017.(10)

Dans son ouvrage intitulé « Trends Shaping a Post-Truth Era » [Les tendances qui façonnent la post-vérité] (9 janvier 2018), le groupe Barna a constaté que « la vérité est de plus en plus considérée comme quelque chose de ressenti, plutôt que comme quelque chose de connu ».(11) Depuis les années 1960, la société occidentale est devenue progressivement subjective.

Sur les effets de cette « sécularisation rampante », le Dr Trim a conclu que « le tissu de la plupart des églises locales adventistes n’est pas suffisant pour endiguer cette marée »(12). Les gens peuvent-ils avoir une expérience qui change leur vie et qui peut les fortifier contre le sécularisme et les crises personnelles, sans venir à Jésus ?

Pas seulement dans l’ouest

Il n’y a pas qu’en Occident que des membres ont rejoint l’Eglise mais ne « viennent pas à Jésus ». Le Rwanda est un pays où 95 % de la population se disait chrétienne, dont près de 300 000 adventistes, soit environ 10 % de la population. Les dirigeants de l’Eglise ont décrit le Rwanda comme le pays le plus adventiste du monde. C’est-à-dire jusqu’en 1994, date à laquelle le génocide a eu lieu, la majorité hutue ayant massacré plus de 800 000 Tutsis minoritaires. Plus de 12 000 Adventistes ont été tués(13).

La terrible vérité est que de nombreux membres et pasteurs de l’église adventiste ont été impliqués dans le génocide et, selon les rapports, ils ont maintenu leur adventisme en se reposant scrupuleusement pour ne pas tuer le jour du sabbat(14).

Ce que Robert Folkenberg, le président de la Conférence générale de l’époque, a vu lors de sa visite au Rwanda l’a ému plus que tout ce qu’il n’avait jamais vu. « Ce qui s’est passé au Rwanda », a-t-il déclaré, « est en grande partie le résultat de personnes non converties qui ont porté le nom du Christ » (souligné dans l’original).

Après avoir passé du temps à genoux, Folkenberg est arrivé à une conclusion : « l’Evangile n’a pas échoué. La croix du Christ n’a pas échoué, le Saint-Esprit n’a pas échoué … En tant que pasteurs, nous avons échoué … En tant que chefs religieux, nous avons laissé tomber Dieu, le Christ et le peuple rwandais… Nous devons confesser nos péchés devant Dieu.

« Ce qu’il faut », avait déclaré Folkenberg, c’est que « les chefs spirituels appellent à la conversion et à la transformation »(15).  Avons-nous pris au sérieux les conséquences de ce qui s’est passé au Rwanda et les paroles de Folkenberg en réponse ?

Les gens peuvent être très religieux et être sincères à ce sujet, sans être chrétiens.

Quelle est la réponse ?

Le baptême n’équivaut pas à une conversion. Devrions-nous mettre davantage l’accent sur la conversion à Jésus, plutôt que sur le baptême ? Se pourrait-il que nous passions plus de temps à parler de la Bête, qui engendrerait plus une justice par la peur, plutôt que de parler de l’Agneau, qui lui nous attribue sa justice par la foi ?

Carlyle B Haynes était un évangéliste adventiste qui arrivait à amener bon nombre de nouvelles personnes à l’Église, quand il s’est rendu compte qu’il « prêchait depuis 15 ans, il était pourtant un homme non converti ».

« J’avais négligé la première étape simple comme un jeu d’enfant qui consistait à venir à Jésus-Christ pour moi-même et, par la foi en Lui, à recevoir le pardon de mes propres péchés », écrit-il. « Dieu m’a ramené, après 15 ans de ministère de la parole prêchée, au pied de la croix ».

Lorsque nous nous détournons le regard de nos « propres œuvres et que nous nous tournons vers le Christ, auteur du salut », consent Haynes, « Dieu déclare [cette personne] juste. Cette déclaration de Dieu est fondée sur l’œuvre achevée de notre Sauveur ».(16)

C’est la bonne nouvelle de l’évangile.

« Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour se faire servir, mais pour servir lui-même et donner sa vie en rançon pour beaucoup. » (Marc 10.45 BDS)


Errol Webster est un pasteur à la retraite qui vit à Bathurst, en Nouvelle-Galles du Sud. Il est l’auteur de la série de leçons Try Jesus.


  1. http://youthsummit.com.au/
  2. Monte Sahlin, “At first retention summit, leaders look at reality of church exodus,” ANN, November 19, 2013.
  3. David Trim, “Landmark Survey,” ANN, October 17, 2013.
  4. Clint Jenkin, A Allan Martin, “Engaging Adventist Millennials: A church that embraces relationships.” Ministry, May 2014. Millennials are “those born in the early 1980s through the early 2000s”.
  5. “Recommitting, Reconnecting and Reconciling: Reviving discipleship, nurturing believers, and reuniting with the missing:” https://www.adventistarchives.org/nurture-and-retention-summit-statement.pdf
  6. Dixit, Kumar, Stiemsma, Kyle & Dixit, Rajinie Sigamoney, “Why young people are sticking with church,” Ministry, March 2016.
  7. Derek Morris, “A passion for revival: An interview with Lee Venden,” Ministry, Feb 2012.
  8. Gen Z, a Barna Group report, produced in partnership with Impact 360 Institute, 2018, pp 55, 99, 65.
  9. Amy B Wang, “‘Post-truth’ named 2016 word of the year by Oxford Dictionaries,” Washington Post, November 16, 2016.
  10. Julia Hunt, Independent, November 2, 2017.
  11. Barna Group, https://www.barna.com/research/truth-post-truth-society.
  12. David Trim, “Report on Global Research, 2011–13,” http://dmadventists.org/leaddavao2014/GlobalDataPicture.pdf.
  13. Ronald Osborn, “No Sanctuary in Mugonero.” https://spectrummagazine.org/node/2716, October 16, 2010.
  14. Ibid.
  15. Folkenberg, “GC President Speaks Out About Rwandan Atrocities,” AR, Mar 1996.
  16. Carlyle B Haynes, “Righteousness in Christ—My Experience”, a sermon at the 1926 General Conference Session. Reprinted in Ministry, May 1986
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