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Nous ne fermerons plus jamais les yeux

Gerald A. Klingbeil, Adventist World Avril 2020

Souvenir de la libération d’Auschwitz il y a 75 ans

Le 27 janvier 1945, les troupes de la 60e armée du premier Front ukrainien (une partie de l’Armée rouge) libéra Auschwitz, l’un des camps de concentration et d’extermination les plus infâmes établis par l’Allemagne nazie sur le sol de l’actuelle Pologne (1). Il y a 75 ans, les soldats soviétiques ouvrirent les portes d’un lieu qui avait été témoin du meurtre systématique de pas moins de 1,1 million de personnes (dont 90 pour cent étaient des Juifs) (2). Ce qu’ils découvrirent était inimaginable. Sept mille survivants, n’ayant que la peau et les os, les regardaient, silencieux et terrifiés. Ils avaient survécu à une machinerie maléfique construite pour produire la mort à une échelle qui nous est incompréhensible. La mort engourdit tout soldat engagé dans un combat ; mais ça, c’était une autre dimension de la mort.

Primo Levi, chimiste et auteur juif italien au nombre des 7 000 survivants, a décrit la réaction des soldats qui ont libéré les détenus d’Auschwitz :

« Ils ne nous ont ni salué, ni souri ; ils semblaient oppressés non seulement par la compassion, mais aussi par une retenue confuse qui scellait leurs lèvres et gardait leurs yeux rivés sur la scène lugubre. C’était cette honte que nous connaissions si bien, la honte qui nous noyait après les sélections, et chaque fois que nous devions regarder, ou nous soumettre, à quelque outrage ; la honte que les Allemands ne connaissaient pas, que le juste éprouve au crime d’un autre homme ; le sentiment de culpabilité qu’un tel crime puisse exister, qu’il se soit introduit irrévocablement dans le monde des choses qui existent, et que sa volonté de bien se soit avérée trop faible ou nulle, et qu’il n’ait pas eu recours à la défense (3). »

La commémoration de l’un des moments les plus sombres de l’histoire ne génère pas des sentiments agréables. Comme bon nombre de soldats de l’Armée rouge, nous sommes tentés de fermer les yeux lorsque nous voyons le mal autour de nous : la jeune femme portant un foulard, accostée par un groupe de jeunes hommes tatoués en vestes de boxeur criant des slogans depuis longtemps oubliés ; le couple âgé de l’Amérique centrale luttant pour trouver un sens aux insultes de citoyens en colère ; le groupe minoritaire persécuté par la population majoritaire ; le jeune homme qui dit à ses parents furieux qu’il a choisi de devenir un disciple de Jésus au milieu d’une société dominée par une foi différente.

Il y a de nombreuses façons de fermer les yeux. Nous sommes trop occupés (peut-être même à accomplir l’œuvre de Dieu !) ; nous ne sommes pas qualifiés pour diriger la charge ; nous avons assez de nos propres problèmes ; nous ne connaissons pas toute l’histoire (et parfois pas du tout). Et nous pourrions ajouter bien d’autres excuses.

Cet anniversaire marquant nous rappelle que nous devons regarder – et ensuite, agir. Les ténèbres ne peuvent être vaincues que par la lumière ; le mal est contré par la compassion et la grâce. Le plan du salut de Dieu n’a pas été exécuté dans les hautes sphères éthérées du ciel, mais dans le monde souillé et pécheur que nous appelons notre foyer. Fuyant avec ses parents en Égypte, puis grandissant dans la ville dégradée de Nazareth, Jésus a affronté le mal à maintes reprises dans des combats au corps à corps – dans le désert, mais aussi chaque jour dans des préjugés, des insultes raciales, des attitudes « plus saintes que toi » si répandus parmi le peuple élu de Dieu.

La commémoration d’Auschwitz 75 ans plus tard ne nous rappelle pas seulement que nous devons regarder. Et après avoir vraiment regardé, nous sommes appelés à aller de l’avant en accord avec les valeurs et les attitudes célestes. Nous embrassons les persécutés, nous défendons les opprimés, nous nous identifions aux victimes – et nous faisons tout ça au nom de Jésus. Car nous espérons un jour meilleur ; nous soupirons après de nouveaux commencements ; nous offrons la compassion de Christ ; nous sommes en quête de « l’un de ces plus petits ».

Elle est, pour nous, l’occasion de promettre de ne plus jamais fermer les yeux.


(1) en.wikipedia.org/wiki/Auschwitz_concentration_camp#Liberation.

(2) Voir le site www.britannica.com/place/Auschwitz.

(3) Primo Levi, If This Is a Man—The Truce, Londres, Little, Brown, repr. 2001, p. 188.


Gerald A. Klingbeil est né et a été élevé en Allemagne. Il est rédacteur adjoint de Adventist Review Ministries

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